07.11.2009

L'échec programmé de l'aéroport de Dole-Tavaux

0 3774.2.jpgConseil général du Jura :

L'échec programmé de l'aéroport de Dole-Tavaux

   Le 6 novembre, l'assemblée plénière du Conseil général devait se prononcer sur le choix d'un délégataire pour l'aéroport de Dole-Tavaux. A cette occasion, les conseillers généraux jurassiens ont longuement débattu de l'avenir de cette infrastructure.

   Que ressort-il de ce débat de plus d'une heure ? Rien, si ce n'est une multitude de banalités déconcertantes. Rien de concret ni de bien sérieux. Comment peut-on imaginer développer ce site avec des l'organisation de manifestations de dirigeables ou d'aéromodélismes, l'entraînement de pilotes à l'heure du simulateur, une hypothétique fermeture de la base militaire de Dijon alors que le gouvernement vient de renforcer la BA 102, la proximité du pôle santé de Besançon ou encore le maintien de l'aéropostale qui n'est en aucun cas garanti à moyen terme.

    Voici une synthèse assez fidèle de cette discussion qui permettra aux jurassiens de se faire une opinion quant aux piètres ambitions de nos élus et à leurs maigres arguments pour promouvoir ce projet qui pourrait bien se terminer en fiasco à l'image du réseau départemental de haut débit. Force est de regretter que ce débat, pourtant important pour notre région compte tenu des enjeux, ne restera pas dans les annales de l'institution départementale !

Alain PERNOT

___________________________________

Jean RAQUIN confirme que la région a toujours participé au financement de l'infrastructure. Il souhaite que les investissements se fassent en fonction des résultats obtenus.

Selon le président, le premier client de l'aéroport est l'aéropostale. Le président affirme avoir l'assurance qu'il y aura une continuité de la présence de l'aéropostale sur Tavaux.

Il annonce par ailleurs "avoir déjà deux demandes en ce qui concerne cet aéroport pour des manifestations mondiales" pour l'été prochain "qui montre bien l'intérêt de cet aéroport". Il s'agit d'un championnat du monde au niveau des dirigeables et un championnat du monde d'aéromodélisme. Selon lui, "cela veut dire que cette base devient un miroir pour le département".

Gilbert BLONDEAU, confirme que le département de la Haute Saône a décidé de s'engager en participant au financement de l'infrastructure.

Marie-Christine DALLOZ regrette que la région ne se soit pas portée "légitimement" "acquéreur" de l'aéroport. La députée se dit "très favorable à relancer la dynamique de l'aéroport à condition que le conseil général soit sûr qu'à chaque étape, en fonction de l'avancée de la validation de l'étape précédente, le conseil général puisse revenir sur ses engagements".

Il y a, selon elle "sur ce dossier des éléments ambitieux qui ne pourront être validés que si chaque étape est bien respectée".

Au final, l'élue se déclare "favorable à la délégation de service public avec cette possibilité pour le conseil général de sortir en cours de route si l'on n'obtient pas les résultats envisagés à chaque étape" ce qui lui semble être une mesure "prudentielle"

Clément PERNOT regrette que soit conservée l'appellation "aéroport régional" au regard de la faible participation financière de la région Franche-Comté au fonctionnement de la structure et au regard de la participation financière importante du conseil général du Jura qui a su prendre ses responsabilités pour cet équipement de première importance.

Franck DAVID souligne que cet aéroport est important pour le développement économique et touristique de la région. Il ajoute que si le conseil général "prend l'avion trop tard, ce sera trop tard est qu'ensuite on ne pourra plus revenir en arrière".

L'élu ajoute : "L'aéroport est un formidable outil et que l'on pourra au jour le jour modifier selon le temps".

Jean-Marie SERMIER déclare : "Je salue le nouveau jour pour cet aéroport et je parle bien d'un aéroport et pas d'un aérodrome et je salue Gérard BAILLY qui en son temps avait su prendre la balle au rebond quand la région n'avait pas choisie de se porter candidate".

Aujourd'hui, précise t-il, "nous avons réussi à maintenir cette activité, je ne dis pas sauvé, je dis maintenir, et nous allons aujourd'hui à nouveau, non plus maintenir mais développer".

Selon le député, Kéolis est "un groupe qui est spécialisé dans les petites plates-formes sur lesquelles il y a eu des avancées significatives chaque fois qu'ils sont arrivés".

Il pense qu'il y aura "probablement" une gare TGV sur le secteur "pour laquelle il va falloir se battre", il y à deux sorties autoroutières, il y à un canal qui, certes reste modeste en gabarit mais n'est pas très loin d'un canal à plus grand gabarit qui est la Saône. "Dans ce secteur, l'aéroportuaire peut apporter un plus en terme d'inter modalité". "Il ne s'agit pas de savoir s'il y aura beaucoup de personnes qui vont prendre l'avion pour aller à Londres pour aller à Barcelone, je crois que ça c'est illusoire, par contre en inter modalité on peut apporter un plus".

On peu apporter un plus dans "un réseau maillé d'aéroports existants et je pense notamment à Saint Exupéry". Ces gros aéroports ont besoin de plus petit à côté d'eux et je pense qu'il est important que l'on puisse tisser des liens.

Le député ajoute : "Il est clair que si deux aéroports importants, de ce style, ne peuvent pas subsister très longtemps côte à côte entre Dijon et Tavaux je suis persuadé que celui qui a le plus d'avenir c'est celui de Tavaux pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, Dijon est emprise aux militaires. Chaque fois q'un avion civil décolle, il s'agit des pompiers militaires et de la tour de contrôle gérée par les militaires qui en assure la gestion. Si demain il n'y à plus de militaires, il n'y à plus de pompiers, ça veut dire qu'il faudra investir lourdement pour les Bourguignons pour faire en sorte que cet aéroport fonctionne. D'autre part, l'aéroport dijonnais à ceci de particulier qu'il est inclus maintenant dans le périmètre de la ville et de l'agglomération dijonnaise et qu'à l'avenir il ne peut pas s'étendre et que chaque fois qu'il croira en matière de trafic il y aura des oppositions fortes de la part des riverains".

"Nous avons la chance d'avoir cet aéroport à Tavaux qui est à 20 minutes de l'agglomération dijonnaise et qui est en zone rurale (...). Certes, l'on n'est pas très loin de Dole et de Choisey. Certes un certain nombre d'habitants de Choisey que j'ai reçus s'inquiètent si demain il devait y avoir un trafic extrêmement dense, on peut les rassurer, je crois que le trafic sera mesuré même si on souhaite tous qu'il se développe".

"Notre devoir d'élu est de transmettre cet aéroport aux générations qui vont nous suivre avec au moins autant d'activité que nous l'avons pris".

Selon Michel GINIES c'est "un équipement structurant, qui a surtout le mérite d'exister". Avec le canal Freycinet, avec le rail, avec l'autoroute, c'est un élément qui contribue à une complémentarité des transports.

"Jusqu'à maintenant la gestion et l'activité de cet aéroport n'ont certes pas été à la hauteur de nos attentes, les raisons sont multiples mais il faut donner une nouvelle chance à cette infrastructure, il faut y croire en gardant les yeux ouverts et en évaluant bien les risques parce qu'il y en à. C'est à dire, si ça ne décolle pas dans les années qui suivent il faudra en tirer les conséquences toutes les conséquences".

D'après Christophe PERNY c'est "un pari à partir de fonds publics", c'est un pari important est se dit pour sa part "réservé" et ne se dit "pas trop joueur en tout cas avec les fonds publics".

L'élu de Lons doute de la capacité du département du Jura de pouvoir, en plus des projets en cours notamment la LGV, avoir un équipement de ce type qui soit performant. Il se demande si entre Lyon et Mulhouse, il y a de la place pour créer cet équipement ?

Pour André VAUCHEZ les infrastructures de l'aéroport ne sont pas au top niveau, on va y arriver, lentement mais sûrement parce que c'est dit dans la concession.

Il y à actuellement 500 000 € de déficit de fonctionnement, demain dans le cadre de la DSP c'est aussi quasiment 500 000 € de déficit assuré sauf qu'il peut être moindre si y a un développement et honnêtement ces 500 000 € ne vont pas beaucoup impacter sur les finances départementales par rapport à la situation actuelle. Pour l'investissement, il sera maîtrisé.

Il y a surtout un argument de poids, il s'agit du pôle Besançon Transplantation qui sera européen ou sinon il n'existera plus. Et il sera européen que si on est capable de transiter rapidement par l'aéroport. Un comité stratégique sera mis en place, de quoi s'agit-il ? C'est voir demain, après demain et encore plus loin et ça, c'est capital pour l'avenir de l'aéroport.

Patrick VIVERGE : "Quel sera l'avenir de l'aéronautique dans les 10 ans ? Comment vont évoluer les technologies ? Quelles seront les politiques au niveau environnemental qui vont peut être pénaliser l'aviation civile ? Est-ce que le train et notamment le TGV va être un atout pour l'aéroport ou au contraire un concurrent ? On ne peut pas savoir, personne ne peut répondre à ces questions".

"Il y a effectivement un pari à faire avec ce projet, est ce qu'il faut ou non faire ce pari ? On ne peut faire qu'un pari avec l'argent public et c'est notre rôle en tant qu'élu, le groupe Agir à gauche fera ce pari là".

Pour Jean RAQUIN il ne s'agit pas d'un pari, par contre "si le conseil général ne s'engage pas sur ce dossier cela serait grave pour le département et la région". "L'outil nous l'avons, gardons le et essayons d'en faire un outil de développement de notre région" précise le président de l'assemblée départementale.

Pour Alain BIGUEUR, l'avenir de l'aéropostale sur Tavaux, qui est le principal client aujourd'hui, est très menacé dans l'avenir. En réponse, Jean RAQUIN souligne avoir rencontré la direction régionale de La Poste et évoqué avec elle la situation de l'aéroport. Il ressort de cet entretien que des modifications sont prévues dans l'organisation de travail de La Poste qui entraîneront des modifications pour les personnels "mais dans tous les cas, pour le moment, la ligne aéropostale serait maintenue c'est ce qui compte".

Pour Marie-Christine CHAUVIN, l'aéroport est un outil précieux pour le développement touristique. C'est pourquoi elle "croit dans cet aéroport et pense qu'il faut relever le défi".

Michel GANET affirme "ne pas croire du tout au projet mais alors pas du tout" parce que les aéroports de Bâle Mulhouse et Saint-Exupéry sont trop proches. Selon lui, "il n'y aura jamais à Tavaux un trafic identique à ces aéroports". Il pense que la région a peut être eue raison d'être frileuse sur ce dossier. Il "voit quand même un avenir pour Tavaux avec le développement d'une activité d'école de pilotage sur le site".

Pour Gilbert BLONDEAU "un des avantages de Tavaux réside dans la possibilité pour les autres aéroports de dérouter des avions vers le Jura depuis Mulhouse ou Saint-Exupéry par exemple". Selon lui, "avec la LGV on pourrait ensuite faire très rapidement la navette depuis Dole en  TGV vers ces deux aéroports en cas de déroutement".

L'élu souligne que le délégataire a aussi pour rôle de trouver de nouveaux produits pour assurer l'avenir de cet aéroport.

S'agissant des investissements, ils se feront au fur et à mesure du développement économique de la plate forme. Selon lui, le dossier est  relativement prudent, il est osé certes, mais il faut aussi en politique savoir se projeter dans l'avenir.

Gérard BAILLY souligne que lorsque Peugeot ou Renault lance un nouveau modèle de voiture ils ne sont pas sûr de réussir, que dans la recherche médicale, lorsqu'un laboratoire lance un médicament il n'est pas sûr de réussir. Il ajoute que celui qui veut toujours être sûr de réussir avant de démarrer ne fait rien !

Il souligne que d'autres aéroports qui n'avaient pas beaucoup d'atouts, comme celui de Tavaux, ce sont beaucoup développés.

Le conseil général n'a pas le droit de ne pas prendre ses responsabilités sur ce dossier.